Regards de cinéastes amateurs sur les 30 glorieuses en Haute-Normandie PDF Envoyer


En complément du DVD « Regards de cinéastes amateurs sur les 30 glorieuses en Haute-Normandie » que les enseignants peuvent consulter dans les CDI des établissements qui en ont fait la demande, nous alimentons régulièrement cette page.
Vous trouverez sous les mêmes rubriques une sélection de films dans leur intégralité que les cinéastes amateurs ont confiés à la Mémoire Audiovisuelle de Haute-Normandie (MAHN).
Nous vous remercions de nous faire part de vos remarques et suggestions quant à l’utilisation de ces images strictement réservées au public scolaire.

Catherine Bertin : Service Educatif du Pôle Image Haute-Normandie.
Agnès Deleforge : Chargée de Projets Mémoire Audiovisuelle/Pôle Image Haute-Normandie.

La reconstruction | Vers une société de consommation | Vers une société de l'information |
Une société de loisirs | Une société en transformation | Une société en mouvement |
Une société remise en question




LA RECONSTRUCTION


A - Le mal-logement
Film :
" Coté Cour "
Réalisation :
Claude Moignard
Date :
1954
Format :
16 mm, NB, Sonore
Notice :
Claude Moignard, commerçant engagé dans l’association « Action d’Urgence Contre les Taudis » (AUCT), membre du « Club des Cinéastes Amateurs Rouennais » (CCAR) filme en 1954 le quartier Martainville de Rouen, les images sont commentées par Yvon Hecht, journaliste à Paris-Normandie, engagé dans la même association.
On ne sait pas à qui était destiné ce film dont le commentaire, visiblement écrit avec grand soin, oppose la ville de Rouen, ville d’art, à la ville de Rouen des mal-logés.
Dès janvier 1954, l’AUCT lutte contre le mal-logement qui sévissait dans toute la France et particulièrement à Rouen ville très éprouvée par les bombardements. Mais dès avant-guerre, le surpeuplement et la vétusté des immeubles avaient transformé de nombreux bâtiments en taudis abritant une population écrasée par la misère, l’alcoolisme, la maladie et la dislocation de la vie de famille. Présidée par Jacques Ragu, cette association se démenait afin que soient proposés des logements modestes correspondant aux ressources des futurs locataires.
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En 1955, Jacques Ragu présente un rapport destiné au Ministère de la Reconstruction, dans lequel il expose des cas concrets :
« Famille A : 12, rue Abbé de l’Epée : 6 personnes dans un grenier mal clos à peine éclairé par une toute petite fenêtre ; vermine de toutes sortes; linge et vêtements mangés par les rats.
Famille B : 35 rue des Capucins, 9 personnes dans 4 pièces mal closes, il pleut dans les chambres, les rats et les souris passent par les trous des murs.
Famille C : 1, rue Montbret : 16 personnes dans une pièce.
Famille D : 117, rue Eau de Robec, 12 personnes dans 2 pièces (dont un jeune ménage avec bébé)… »
Il insiste sur la détresse des habitants qui voient leurs enfants confiés à l’orphelinat ou à une famille d’accueil, il donne les chiffres mettant en évidence les besoins en logements à Rouen (9000) et le programme déjà réalisé (1900) insistant sur l’effort qui doit être accompli afin de loger une population à revenus très modestes pour laquelle le loyer des HLM est encore beaucoup trop élevé.
Il propose un programme de 1000 maisons de type F3, F4, F5, F6 construites par la Société Anonyme Immobilière de Logement d’Urgence financées par le Crédit Foncier, le Comptoir des Entrepreneurs, la CAF et le 1% des employeurs.
Source : Rapport de Jacques Ragu adressé à M. Le Préfet de Rouen 11 mai 1955.


B - Le logement individuel
Film :
" Construction d’une maison à Neufchâtel en Bray "
Réalisation :
Charles Leblanc
Date :
1956
Format :
9,5 mm, NB, Muet
Notice :
M. Charles Leblanc, commis d’architecte établi à Neufchâtel en Bray participe à la création du groupe de « Cinéastes Amateurs Photo Ciné Bray » dont il assure la présidence.

De 1954 à 1956, il filme la construction de sa maison dont les plans avaient été établis par l’architecte M. Grégoire. Ni pelleteuse, ni toupie de béton, ni chariot élévateur, mais la pelle, le seau, le marteau, la truelle… Nous découvrons tous les corps de métier du bâtiment et particulièrement les maçons (établissement Dossier de Mesnières en Bray), les couvreurs, le plâtrier (M. Margerie), le carreleur (M. Chivot) et le menuisier pour construire cette maison dotée de tout le confort moderne.




C - Le logement collectif
Film :
" Constructions au Trait "
Réalisation :
Armand Quilichini
Date :
1958
Format :
8 mm, Couleur, Muet
Notice :
Armand Quilichini, secrétaire général de la Mairie du Trait (76), filme à titre personnel la construction de 22 logements du collectif S.E.M.V.I.T (Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait) rue Aragon. Il date, à l’aide de cartons, l’évolution des travaux du terrassement jusqu’à la livraison de l’immeuble qu’il habitera avec sa famille.
Malgré l’utilisation de moyens techniques modernes (bétonnière, grues…) les méthodes de construction se rapprochent du travail traditionnel.



Film :
" Jeu de construction "
Réalisation :
Bernard Legargeant
Date :
1971
Format :
35 mm, Couleur, Sonore
Notice :
La construction des Immeubles « Verre et Acier »  de la Grand-Mare fait appel à des techniques innovantes. L’architecte, Marcel Lods, depuis son bureau, fait le commentaire, de ce film du Ministère de l’Equipement et du Logement réalisé par Bernard Legargeant, cinéaste professionnel. Il fait un parallèle entre le jeu de « Meccano » des enfants et la construction à partir de modules assemblés, de ces immeubles d’avant-garde.
Nous entrons dans ces logements à l’espace modulable et visitons deux appartements aménagés différemment.
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Le coût du m2 se trouve abaissé, à la fois par la préparation en usine, et par la facilité de montage. Enfin, le confort et la liberté d’adaptation des appartements sont bien dans l’air du temps, l’occupant pouvant faire coulisser les panneaux de séparation des pièces pour moduler son espace à sa guise.
A l’époque, c’est la société HLM de Rouen qui est propriétaire de cet ensemble. Les différents services de l’Etat ont participé à sa réalisation et bénéficient de logements réservés. Se retrouvent donc dans ces années 60 et 70, des couples jeunes en fin d’études et/ou en début de carrière : enseignants, travailleurs de la SNCF, ouvriers de chez Renault, infirmiers, policiers, fonctionnaires du Trésor voire professions libérales et salariés du privé. Il existe une vraie mixité de la population.
A la suite d’incendies graves, ces immeubles seront réhabilités entre 2006 et 2008, mais un dernier incendie en 2011 pousse la municipalité à demander un audit sécurité-incendie à la suite duquel la décision est prise de détruire ces immeubles et de les remplacer par des logements sociaux en maisons individuelles et en appartements. Il est prévu de sauvegarder quatre « Verre et Acier » à la demande des occupants très attachés à leur logement.
Des immeubles de même type ont  également été construits Rive Gauche, avenue Jean Rondeaux et rue Saint Julien.




Film :
"Gonfreville – Actualités "
Réalisation :
Inconnu
Date :
1964
Format :
16 mm, Couleur, Muet
Notice :
Nous survolons par hélicoptère la ville de Gonfreville l’0rcher filmée à la demande de la municipalité par un opérateur non identifié. Ces vues aériennes nous permettent de découvrir entre autres ce vaste espace occupé par les camps militaires provisoires appelés communément « les Camps Cigarettes ».
La ville avait été occupée par les Allemands en 1940, libérée par les Américains en 1944. Les troupes américaines érigent, sur 500 ha, ces camps (qui portaient le nom de marques de cigarettes) qu’elles lèguent à la commune après leur départ au début de l’année 1947. Ces baraquements vides, alignés au cordeau, quadrillés par des allées à angles droits sont réinvestis par les familles sinistrées les plus démunies qui étaient hébergées dans des conditions précaires dans les fermes des environs. 610 baraquements sont réaménagés en différentes cités (Cité de l’Hôpital, Cité Marcel Gandouin, Cité Arthur Fleury) séparées par des espaces laissés vides par le déménagement de baraquements vers Le Havre. En un an, Gonfreville l’Orcher passe de 4500 à 8000 habitants.
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Trois types de construction dominaient : le Tropical Steel « comme une maison normale mais avec des murs et un toit en tôle ondulée » domine dans la cité Marcel Gandouin; la « demi lune » en tôle de couleur sombre accueillait deux familles à chaque extrémité dans la Cité de l’Hôpital, la Cité Arthur Fleury était composée de  baraquements en bois les « Tropical Wood » et accueillaient aussi deux familles. Déménager de la Cité Gandouin à la Cité Fleury était considéré comme un changement positif. Chaque cité avait ses écoles, ses commerces, ses services de santé, ses salles des fêtes et même un lieu de culte dans la Cité Gandouin. Les femmes s’occupaient des tâches ménagères dans les « maisons »,  les hommes, pour la plupart, travaillaient sur le port du Havre et, le soir, s’occupaient du jardin auquel ils étaient particulièrement attachés, pour des raisons tant économiques que sociologiques : on est à la charnière d’une population rurale qui passe à la condition ouvrière. Les enfants eux passent leur temps de loisirs dans les terrains vagues autour des camps : les logements sont exigus, et il n’y pas la télé !!!
Les cités ont été détruites en 1969 et 1970 au désespoir d’un certain nombre d’habitants : « On a tout effacé, comme si on n’avait jamais existé ».
Source « Gonfreville l’Orcher 1947/1980, Mémoire des Cités » , édition des Falaises, 2005.


Utilisation pédagogique :
" Jeu de construction " :
- classe de 1ère, Géographie : thème 2, aménagement et développement du territoire national "La France en ville" la "réduction des fractures sociales et spatiales"
(visitez le lien suivant http://cache.media.eduscol.education.fr/ la page 2)
- classe de 1ère, Histoire "Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le XIXe siècle/ Croissance et mondialisation".
(visitez le lien suivant http://cache.media.eduscol.education.fr/)

- classe de 6e, Géographie "Mon espace proche : paysages et territoire" ... pour les élèves de l'agglomération de Rouen.




Remerciements :

Sylviane Moignard et Gabriel Hurard, Jean-Piere Tailleur, Georgette Quilichini, Marie-Claude Bartel, Mairie de Gonfreville l'Orcher, Bernard et Romaine Legargeant